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Le march du disque en France a rgress de prs de 15 % en 2003
LE MONDE | 26.01.04 | 13h45
Le March international du disque et de l'dition musicale se tient  Cannes jusqu'au 29 janvier.

Cannes de notre envoy spcial

Avec une baisse de 14,6 % en valeur (chiffre d'affaires) et de 11,5 % en volume (units), le march du disque en France en 2003 est en nette rgression. Prsents par le Syndicat national de l'dition phonographique (SNEP), lundi 26 janvier, lors du 38e March international du disque et de l'dition musicale (Midem), qui se tient  Cannes jusqu'au 29 janvier, ces chiffres sont d'autant plus proccupants pour les professionnels du secteur que la France avait t, en 2002, avec le Brsil, le seul pays en progression par rapport aux principaux marchs mondiaux, tous en baisse depuis trois ou quatre ans.

Le chiffre d'affaires du disque en France, calcul hors TVA (toujours  19,6 %), marges et ristournes aux dtaillants, s'est lev en 2003  1,112 milliard d'euros pour 151 millions d'unit vendues (cumul des singles, albums et vidos musicales, au format cassette ou DVD).

Dans les documents de synthse du SNEP, il est prcis que la "chute du march en 2003 annule six annes d'volution reprsentant une croissance moyenne annuelle de 3 %", ce qui ramne le chiffre d'affaires des diteurs phonographiques  un niveau infrieur  celui de 2000, qui avait t de 1,125 milliard d'euros. Par ailleurs, "tout au long de l'anne, le chiffre d'affaires mensuel a t sans exception infrieur  celui de 2002". On constate que mme en novembre et dcembre, priode traditionnellement faste, la baisse a t respectivement de 20 % et 21 %.

LE DVD PARGN

Dans la rpartition par genre, les varits franaises et francophones reprsentent 60 % du march, en augmentation de 0,9 % par rapport  2002.

Les varits internationales baissent de 0,7 point et plafonnent  35,5 %, le rpertoire classique perd 0,2 point (4,5 %). Le jazz, inclus  la fois dans les rpertoires varits nationales et internationales, gagne 0,6 point en passant de 2,7 % en 2002  3,3 % en 2003. Interrogs peu avant la publication officielle de ces chiffres, les diffrents responsables du jazz dans les grandes compagnies phonographiques avaient attribu cette remonte au succs commercial de l'album Come Away With Me (sorti en 2002), de la chanteuse Norah Jones (Le Monde du 24 janvier). Cet album est d'ailleurs avec Ailleurs Land de Florent Pagny en tte du classement des meilleures ventes d'albums 2003 tabli par IFOP-Tite Live pour le SNEP.

Seul le DVD a t pargn en 2003. Les ventes de vidos musicales (le format cassette, toujours exploit, compte pour moins de 8 %) ont ainsi progress de 88 % en volume (7,3 millions d'units) et de 71 % en valeur (91 millions d'euros). Les ventes de singles plongent d'un quart, ce qui les ramne, avec 30 millions d'units, au niveau de 1996. Les albums CD, eux, sont en baisse de 11,6 %.

UN MARCH TRS CONCENTR

Les majors du disque concentrent toujours, avec leurs labels et ceux (souvent des producteurs indpendants) qu'elles distribuent, plus de 95 % du march. Un chiffre qui peut tre lgrement fauss de quelques points en raison des petites compagnies qui ne sont pas rpertories par le SNEP et des productions qui passent par des circuits d'importation ou de vente directs. Universal Music (France) est toujours en tte, avec 33,6 % des parts de march, toujours suivi du japonais Sony Music,  20,5 %, et du britannique EMI, avec 18,1 %. Les trois majors ont cd quelques points aux deux autres gants du secteur, l'amricain Warner Music  14,2 % (11,2 % en 2002) et l'allemand BMG  9,4 % (8,4 % en 2002).

Les raisons de cette chute seraient plus particulirement dues  une extension du tlchargement de fichiers musicaux illicites en France.

De fait, en 2003, le taux de pntration de l'Internet  haut dbit (ADSL, cble) dans les mnages a t en forte hausse. Avec des offres promotionnelles faites par les fournisseurs d'accs sur des dbits  512 Kbits et de plus en plus souvent 1024 Kbits, le tlchargement de fichiers devient un jeu d'enfant.

Les diteurs runis au Midem entendent d'ailleurs que l'anne  venir soit enfin celle de la transposition de la directive europenne dans une "loi pour la confiance dans l'conomie numrique pour renforcer la lutte contre la contrefaon et instaurer une coopration oblige entre ayants droit et fournisseurs d'accs". La France, l'Espagne et le Portugal sont les derniers pays de l'Union europenne  ne pas avoir adopt cette transposition dans leur cadre lgislatif.

Sylvain Siclier
 ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 27.01.04

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Le dfi d'un nouvel ge musical
LE MONDE | 23.01.04 | 13h37
A la veille du 38me Midem, les professionnels s'inquitent des pratiques des amateurs de musique engendres par Internet.

Le disque se fane, la musique fleurit. Le 38e  March international du disque et de l'dition musicale (Midem) devrait se tenir  Cannes du 24  au 29 janvier, sur fond de crise du disque, mais balay par le vent de la rvolution. Aprs dix ans de glissement progressif, les habitudes de consommation de la musique sont arrives  leur point de basculement. Ni Tariq, 31  ans, ni Alexandre, 17  ans, n'appartiennent  la cour des grands du march, mais ils incarnent, chacun  sa manire, le nouveau consommateur de musiques et de cinma, ni idologues de la gratuit ni pirates forcens, mais adeptes de l'usage de l'ordinateur personnel. Quelques heures passes avec eux reprsentent une sorte de voyage o les piges ne sont pas toujours ceux que l'on croit.

Tariq trimbale  travers la ville un ordinateur portable des plus lgers et son baladeur MP3. Ce nomadisme lui permet de s'arrter au studio parisien Kraked, o des amis composent de la musique pour le cinma et la tlvision. Il y retrouve une communaut de pense situe  des lieues de la consommation de masse -  calque sur la tlvision, NRJ ou les hypermarchs  - et les moyens d'attiser des passions musicales qu'il cultive depuis l'adolescence. Chez Kraked, il y a d'abord plusieurs milliers de disques vinyls en piles adosses au mur, une partie de la mmoire de Radio Nova, o Lok Dury, le fondateur de la maison, a longtemps offici.

Et puis des CD en ordre dispers, clectiques quant aux styles, choisis avec got. Tariq adore galement entrer sur l'ordinateur du lieu, qui offre une sorte de banque de donnes enrichie en continu sans empiter sur les prcieux mtres carrs urbains. Tariq prsente d'abord avec gourmandise winamp.com, son"outil d'coute", un logiciel de lecture de fichiers musicaux au format MP3. "Winamp.com a l'avantage, explique Tariq, de ne pas avoir de logiciel espion. Personne ne peut savoir ce que tu coutes et comment."Depuis belle lurette, Tariq a remis aux oubliettes kazaa.com, clbre site d'change de fichiers entre internautes, "parce que a prend trop de temps". Ce qui ne l'empche pas de pratiquer le partage.

Tariq a mal support d'apprendre que KaZaa tirait ses revenus (174  millions de dollars en 2003, soit 138  millions d'euros) de la vente, notamment  des entreprises qui pratiquent le spamming (envoi massif de publicits indsirables), des fichiers d'identit des internautes obtenus  partir des tlchargements. S'ils ne sont pas nominaux, ces fichiers donnent  ceux qui les achtent un profil consommateur ensuite exploit dans la plus pure tradition du commerce sans foi ni loi. "Idem, ds que tu mets un CD dans un PC, ajoute Tariq, Microsoft est au courant." D'o son conseil, aller sur xp-antispy.org, pour dlivrer son ordinateur des intrus et des espions tlchargs en mme temps que les fichiers.

Tariq et ses amis coutent de la musique lectronique, du hip-hop, du funk ou des musiques du monde, des formes qui s'entendent peu sur les radios jeunes, pas plus qu'elles ne sont prsentes  la mesure de leurs richesses dans les magasins de disques gnralistes ou chez les majors du disque. Pour les dcouvrir, Tariq coute la radio, mais sur le Net. Un clic, voici betalounge.com, de San Francisco  : "Des centaines de soires, de concerts archivs", explique Tariq. Un autre clic et voici www.basic.ch, de Suisse. "Je frquente une soixantaine de sites qui mettent des lives en archive." Parmi eux, deephousepage.com, "avec tous les historiques, le mix de Franckie Knuckles au Warehouse en 1979, celui de Larry Levan au Paradise Garage en 1982", des DJ fondateurs de la culture house, "dont je peux savoir ainsi exactement quelles musiques ils jouaient alors, mme si le son est ingal".

En deux ans de web-radio, il s'est bti une culture musicale suprieure, dit-il,  celle qu'il avait runie depuis ses 15 ans. Pour un programme qui corresponde  ses gots, Tariq zappe sur somafm.com (galement de San Francisco),  menus multiples (de Groove Salad  Secret Agent). Souple, bien fait, somafm.com offre la possibilit d'acheter des disques (neufs ou d'occasion) en renvoyant sur le site amazon.com ou vers discogs.com  : un site "collaboratif", sorte de base de donnes communautaire, o les artistes et les uvres ont t rfrencs, avec biographies, commentaires, rdigs par les internautes eux-mmes.

"J'ai deux moyens de dcouvrir la musique, prcise Tariq, le bouche--oreille et les web-radios." Le jeune homme s'est constitu une discothque d'un nouveau genre, sur ordinateur, " partir de trois sources  : les CD, le MP3 et le tlchargement, les web-radios. Le problme, c'est l'offre. La souplesse. Les sites trop scuriss ne fonctionnent pas ou mal, et les contenus sont inadapts." Il en fait la dmonstration en quelques minutes  : fnac.com est en panne, et il y a trois maigres rponses pour "Jacques Brel" sur e-compil.com.

Tariq paye, quand le jeu en vaut la chandelle et que c'est possible, notamment par le biais du paypal, sorte de porte-monnaie lectronique qui se substitue  la carte bancaire en cas de micropaiement. "Il existe, dit Tariq, des gens  qui tu fais confiance. Par exemple le label WARP- celui, notamment, d'Aphex Twin- a mis l'intgralit de son catalogue en ligne. C'est payant, mais j'aime ce qu'ils font, et on a la possibilit d'couter un morceau en entier, et non 30  secondes comme sur les sites de majors." Les Amricains du petit label sur Internet magnatune.com ont ainsi ralis en 2003 un chiffre d'affaires mensuel de 20  000 euros en offrant un catalogue diversifi, o le tlchargement est propos  un prix "conseill". Une sonate de piano joue par Andreas Haelfliger  ? "Vous pouvez payer entre 5 et 10  dollars. Prix recommand 8  dollars", indique un bandeau.

Tariq tlcharge en s'amusant. Le voil sur archive.org, "la mmoire du Web, fait par un collectionneur, des milliers de titres en vido, 48  000 pubs archives". Pour traquer ses envies, il utilise les moteurs de recherche P2P -peer to peer, de personne  personne- comme bitzi.com ou sharereactor.com, "mais celui-l il est pirate". En effet, en dehors des niches nourries par les passionns comme magnatune.com, "tout ce qui sort en cinma ou en musique apparat sur le Net avant la date officielle de mise en vente", assure Tariq. Avec un matriel minimaliste, il trimballe  travers la ville un impressionnant bagage musical, et il n'est pas le seul.

Alexandre a 17  ans, il fait du skateboard, aime le rock attach au genre et porte le pantalon tombant. Elve d'une classe de premire  Paris, il a enlev KaZaa de son ordinateur "parce que je rcoltais des virus, et que j'ai pu mettre un jeu supplmentaire avec l'espace gagn". Il utilise emule.com, "moins rapide, mais plus sr".

Que trouve-t-on dans la mmoire de son ordinateur  ? "D'abord, j'ai tlcharg tous mes CD. J'ai 303  titres. J'ai complt. Par exemple, je n'avais pas tout Blink 182, ni les clips de Boxcar Racer. Et puis deux ou trois titres d'Avril Lavigne, que je n'aime pas suffisamment pour acheter un album  ; pareil pour Madonna. Je n'ai plus besoin de rien maintenant, sauf peut-tre si j'entends un truc nouveau  la tl."

Alexandre apprend la guitare pendant que l'ordinateur tlcharge des films de Woody Allen  : "Il y en a pour quelques jours, mais c'est pour faire plaisir  ma mre." Il dcortique Adam's Song (de Blink 182) et la Dernire Danse du groupe franais Kyo, grce  un logiciel d'apprentissage de la musique, tlcharg via le site keygen.us, qui lui a fourni les codes d'identification ncessaires, en principe rservs aux acheteurs. "a ne marche pas  tous les coups, mais on part  la pche. Pour les films, tu tapes Dvix.fr, tu demandes quoi, tu as trois cents rponses." Alexandre n'a pas converti son argent de poche en paypal, dont il ignore l'existence.

Vronique Mortaigne

Des sites musicaux lgaux encore incomplets

Si aux Etats-Unis Apple a russi  fdrer les cinq majors du disque et une myriade d'indpendants sur iTunes Music Store, les sites de musique en ligne sont parfois incomplets. Le catalogue Sony est ainsi absent d'OD2, celui d'EMI et une partie de celui de Sony ne figurent pas dans les fichiers d'e-compil. Olivier Montfort, le PDG de Sony Music France, en explique les raisons  : "La digitalisation de nos productions cote cher, il faut en plus rengocier des contrats avec nos artistes, mettre au jour de nouveaux types d'information, penser une nouvelle approche marketing. Il est normal de contrler prcisment l'utilisation qui est faite de nos uvres." D'autant que les mcanismes de rpartition sont complexes. Ainsi chez OD2, quand un client paie 1,99 euro le tlchargement d'un titre (les tarifs peuvent descendre jusqu' 1  euro si l'utilisateur souscrit un abonnement), 17,5  % du prix TTC concernent la TVA, 8  % hors taxe vont  la socit de droits d'auteur, la Sacem, 5  % TTC vont  la banque qui traite le paiement. Les 65,5  % restants sont rpartis entre le site et le producteur (entre 20  % et 30  % de cette somme pour le premier, entre 70  % et 80  % pour le second).
 ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 24.01.04

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L'eldorado de l'IPod et du tlphone mobile
LE MONDE | 23.01.04 | 13h37

Nombre des participants au Midem ont jusqu' maintenant rgulirement dsign Internet et ses capacits d'changes peer to peer (de personne  personne) comme cause majeure de la crise du disque. Si 2003 a confirm l'rosion du march du CD, les professionnels de l'industrie phonographique, qui participeront, les 24 et 25 janvier,  la cinquime dition du MidemNet, forum de rflexion consacr  la Toile, tendent aujourd'hui  valoriser l'avenir commercial de la musique en ligne.

L'apparente efficacit des lois qui, aux Etats-Unis, rpriment dornavant les internautes fraudeurs, en a rassur certains. Les succs spectaculaires de l'iPod, baladeur numrique lanc en avril 2002 par Apple, et du site de tlchargement qui lui est associ, ont aussi fait leur effet. De la taille d'un paquet de cigarettes, le walkman de la gnration Internet permet de stocker, dans sa version la plus labore, prs de 10 000 titres de musique, copis dans sa propre discothque ou provenant du tlchargement.

Le succs de l'iPod (2 millions d'exemplaires vendus dans le monde en dpit d'un prix lev - entre 349 et 549 euros) s'est accompagn de celui de l'iTunes music store, supermarch en ligne donnant accs  prs de 500 000 titres, au prix de 99 cents le morceau. Lanc en avril 2003, ce site, non encore accessible en France, aurait ainsi vendu plus de 30 millions de titres.

Les performances de l'iPod - dont Apple lance aujourd'hui une version "mini", plus abordable, pouvant stocker 1 000 chansons pour 299 euros - ont bouscul le march des baladeurs MP3 (nom d'une norme de compression) et motiv une flope de concurrents. Les quelque deux cents modles de baladeurs disponibles en France, o le march a t multipli par deux en l'espace d'un an, se partagent en trois catgories : ceux  mmoire dite flash, trs petits et meilleur march, ne pouvant contenir qu'entre 30 et 100 morceaux ; ceux  disque dur du type iPod, chers mais disposant de grande capacit de stockage ; les lecteurs CD-MP3, compromis entre le lecteur de CD et le juke-box de poche.

OFFRE EXPONENTIELLE

Thoriquement, la multiplication de ces offres devrait favoriser le dveloppement des sites de tlchargement payant. Mais les luttes commerciales entre les constructeurs informatiques et les fabricants de logiciels ont gnr plusieurs varits de formats de tlchargement : AAC pour Apple, WMA pour Microsoft, OGG... Tous se veulent une solution plus sre et de meilleure qualit sonore que le MP3. Rsultat, la plupart des baladeurs ne sont pas compatibles avec les formats proposs par les sites, un phnomne qui incite les internautes  se tourner vers la copie de CD et le "piratage" peer to peer en MP3.

En 2004, l'industrie musicale compte pourtant sur une offre exponentielle de sites lgaux de musique en ligne. Sophie Bramly, responsable d'e-compil, mis en place par Universal, reste prudente. "Si, de 2002  2003, notre activit a augment de 115 %, nos revenus sont encore modestes, dit-elle. Il est trs complexe de construire un march payant quand la gratuit de la musique sur le Net est encore la rgle."

Directeur de la filiale franaise d'OD2, socit britannique cre entre autres par le chanteur Peter Gabriel, fournisseur de plate-forme technologique de distribution pour une cinquantaine de clients (Fnac, HMV, Alapage, Wanadoo, Coca-Cola), Stanislas Hintzy croit aux atouts des sites lgaux : selon lui, "la garantie technique du tlchargement, l'offre de chansons exclusives, la possibilit d'couter les titres avant achat, de tlcharger d'un coup tout un album - et surtout la plus-value rdactionnelle guidant le consommateur comme chez un disquaire - font que des gens sont aujourd'hui prts  payer".

Si l'industrie musicale compte sur le dveloppement de ces nouveaux revenus, il est difficile de mesurer pour l'instant le volume et les marges de ce march. Certains sites se consacreront aux nouveauts, d'autres soigneront l'exhaustivit de rpertoires plus pointus.

Aprs une priode d'attentisme, les maisons de disques s'adaptent. Dans sa stratgie d'ouverture  de nouveaux segments, l'industrie musicale investit galement de plus en plus dans la diffusion via la tlphonie mobile. Pas tonnant quand on sait qu'en Grande-Bretagne, le march de la sonnerie personnalise (facture de 2  4 euros pice) a dpass celui du single. Des entreprises comme la socit franaise Musiwave travaillent en collaboration avec les maisons de disques et les oprateurs  la cration et  la commercialisation d'une multitude de gadgets : sonnerie hi-fi, "pictone" permettant d'associer des images ou des clips  un "ringtone", afin de s'imposer dans un march mondial du "divertissement mobile" estim  3,5 milliards d'euros. Certaines majors comme Universal (avec Universal mobile international) ou Sony, ont, elles, choisi de s'impliquer directement dans ce type d'exploitation.

Ces entreprises ont en perspective, quand une nouvelle gnration de rseau le permettra, le tlchargement "sans fil" de chansons sur le tlphone portable, appel  devenir un juke-box et un prcieux outil de marketing. Aprs tout, si on estime dans le monde  440 millions le nombre de personnes abonnes  Internet, ce sont plus de 1,5 milliard de tlphones mobiles et autant de clients potentiels qui circulent actuellement.

Stphane Davet

Liste de sites lgaux et de matriels : generationMP3.com
 ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 24.01.04

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L'industrie phonographique doit faire face  une crise sans prcdent
LE MONDE | 23.01.04 | 13h37

Unis dans l'adversit, les professionnels du disque subissent de plein fouet une crise sans prcdent. Le Syndicat national de l'dition phonographique (SNEP) a annonc mercredi 21 janvier "une baisse de 14 %  15 % du march franais en 2003". En trois ans, le march a chut de 25 %. "En douze mois, nous avons effac tous les effets de croissance enregistrs depuis six ans et notre chiffre d'affaires est retomb  son niveau de 1997", souligne Gilles Bressand, prsident du SNEP. Pourtant, le march franais a longtemps sembl relativement prserv par rapport  ceux de ses voisins, qui enregistraient des chutes vertigineuses (- 50 % en trois ans en Allemagne).

Le principal responsable des dboires de l'industrie musicale ne serait autre que l'Internet haut dbit, dont le dveloppement est fulgurant. Cette technologie permet  trs grande chelle la piraterie dans le domaine musical, grce  l'utilisation de fichiers d'changes musicaux P2P. Chaque jour, 150 millions de fichiers illgaux s'changent par ce biais. Aussi bien aux Etats-Unis qu'en France, en Allemagne ou au Royaume-Uni, la corrlation entre la baisse des ventes de CD et le taux de pntration du haut dbit est vidente.

"Le risque que fait peser la gratuit induite par la circulation massive de musique via les rseaux P2P rside dans une altration profonde et durable du modle conomique de l'industrie du disque : raccourcissement du cycle d'exploitation des titres dans les magasins avec un effondrement des ventes au fur et  mesure qu'un nouveau CD est tlcharg, concentration accrue des dpenses de promotion et de marketing sur une priode plus rduite, concentration de la carrire d'une nouveaut ou encore diminution de l'espace ddi  la vente des disques dans les magasins.", souligne Jrme Roger, directeur gnral de l'Union des producteurs phonographiques franais indpendants (UPFI), qui ajoute : "Cela se traduit aussi par une concentration accrue des entreprises de production phonographique, comme en tmoigne le projet de fusion entre Sony et BMG."

Que faire pour endiguer la crise ? Olivier de Montfort, PDG de Sony Music France, a le mrite de la clart : "Nous allons informer, prvenir et svir", prvient-il. Pour Pascal Ngre, PDG d'Universal Music, "le plan de bataille 2004, c'est Internet". La France doit enfin transposer une directive europenne dans la "loi pour la confiance dans l'conomie numrique", actuellement en discussion au Parlement, afin de lutter efficacement contre la contrefaon et d'assurer une coopration oblige entre ayants droit et fournisseurs d'accs. Aprs une phase d'explication au public sur l'illgalit des sites P2P, M. Bressand confirme que la Socit civile des producteurs phonographiques (SCPP) n'hsitera pas cette anne  attaquer les internautes "l o, de la copie pour usage priv, on passe  l'abus du tlchargement".

PLAINTES EN SRIE

C'est une faon d'emboter le pas  l'Association amricaine de l'industrie du disque (RIAA), qui dfend les intrts des majors (Universal Music, Sony, Warner, EMI et BMG) et qui a annonc, mercredi 21 janvier, le dpt d'une nouvelle srie de plaintes pour violation de droits d'auteur, contre 532 internautes accuss de piraterie de fichiers musicaux. Malgr une dcision de justice, fin dcembre 2003, qui lui tait dfavorable, affirmant que les fournisseurs d'accs  Internet n'taient pas obligs de dvoiler l'identit de leurs abonns souponns de piraterie, la RIAA poursuit son offensive rpressive.

L'industrie musicale mondiale doit faire face  un dfi herculen : comment renverser la tendance, imposer une logique de diffusion payante en ligne, alors que tout est gratuit ? L'institut Nielsen estime que "les titres tlchargs sur les plates-formes payantes reprsentaient seulement 0,021 % du flux gratuit au cours des six derniers mois de 2003". Et "la distribution en ligne est encore peu rentable", souligne l'UPFI, qui craint une numrisation des titres anglo-saxons d'artistes trs connus et l'viction des labels indpendants ; ce qui a contraint ce syndicat de producteurs  signer de premiers accords avec des distributeurs de musique en ligne, comme VirginMega ou e.compil.

Patrick Zelnick, PDG de Nave et prsident de l'UPFI, se veut malgr tout confiant : "Notre problme tient  la petitesse du march : nous ne vendons en France que 2,5 CD par an et par habitant. Je reste assez optimiste sur l'avenir de l'offre payante sur Internet, qui progressera d'autant plus que l'offre sera riche, parce que les consommateurs n'auront pas  se dplacer. Ils seraient prts  dpenser, chez eux, l'quivalent de 5  10 CD. Il n'y a pas de dterminisme de l'chec. La piraterie, qui nous cause une concurrence dloyale, n'est pas non plus la seule cause de la crise du disque. Sur un march oligopolistique, quand une entreprise dtient plus de 20 % des parts de march, elle a une responsabilit", dit-il. D'ailleurs, l'UPFI va tenter de bloquer le projet de fusion entre BMG et Sony, en cours d'examen par les autorits de la concurrence  la Commission europenne. "Tout processus de concentration obit  une logique qui consiste  ne retenir que le sommet de la pyramide et  rduire en consquence le nombre d'artistes et de projets, sous couvert de mieux rsister  la piraterie", affirme l'UPFI.

Les diteurs indpendants stigmatisent aussi le manque de diversit de l'offre dans les hypermarchs, leur politique de rotation trop rapide des stocks, l'absence de rgulation des activits de diversification des tlvisions dans le disque, ou encore la crise d'exposition de l'offre musicale  la radio. Un constat difiant puisque, selon la socit d'analyse publicitaire Yacast, 2,3 % des titres entendus sur la bande FM en 2003 ont reprsent 75 % du total des diffusions.

Nicole Vulser
 ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 24.01.04

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Le "remde simple" de l'Ecole des mines
LE MONDE | 23.01.04 | 13h37

Une tude du Centre d'conomie industrielle de l'Ecole nationale suprieure des mines de Paris sur "Les enjeux conomiques de la distribution des contenus", signe par Olivier Bomsel, est trs commente dans les milieux professionnels,  la veille du Midem. Bon nombre de producteurs phonographiques voient dans les conclusions de cette tude la solution  tous leurs maux.

M. Bomsel explore un phnomne conomique indit, "celui du dtournement massif de l'utilit d'une industrie par une autre". Le cur de ce mcanisme est la possibilit technique de contournement des droits de proprit des contenus numriques et son corollaire, le dploiement acclr d'Internet et des industries d'quipements et de services associs (la vente d'ordinateurs et d'abonnements  l'accs haut dbit  Internet). Les industries du disque sont le plus durement touches par ce mcanisme, selon l'tude : trois des cinq majors du secteur ont chang de primtre en 2003 (Time Warner a vendu sa filiale musicale, Sony et BMG ont annonc leur intention de fusionner).

L'auteur estime que "le discours le moins contraignant consiste  blmer le consommateur, voire  le poursuivre pour l'exemple, en sorte d'augmenter le cot de l'change gratuit. Mais ce remde est inadapt", parce qu'il oppose l'artiste  son public, l'diteur au consommateur et exempte de toute responsabilit les bnficiaires principaux. "Un remde simple consisterait  segmenter le march de l'accs en imposant aux fournisseurs d'accs  Internet une tarification dissuasive pour le trafic montant (upload) susceptible de contenir des fichiers sous copyright." Le fournisseur d'accs pourrait proposer un tarif moindre, mais "aurait la charge de la licit des changes". L'utilisateur de fichiers P2P serait alors factur au prorata des fichiers chargs sur son ordinateur. L'existence d'un tel cot favoriserait les offres payantes en ligne et le tlchargement descendant. Cette mesure rtablirait le principe de la rmunration des droits.

Poursuivant le mme objectif, le Copyright canadien s'est prononc le 15 dcembre 2003 sur le caractre illgal de l'upload. En France, ce principe s'applique de manire implicite  l'offre de tlvision payante MaLigneTV sur ADSL, reue sur un dcodeur ddi, sans accs concomitant au reste du rseau Internet.

Nicole Vulser
 ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 24.01.04


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La ncessaire mutation du secteur du jazz
LE MONDE | 23.01.04 | 13h37

Les diffrents responsables des dpartements jazz chez les majors dressent grosso modo le mme constat d'une volution ngative du secteur, ces dernires annes. Des chiffres de vente en baisse d'un tiers, voire de moiti pour certains, ces deux dernires annes, des signatures d'artistes en plus petit nombre, un report du budget disque vers, notamment, le DVD (pas seulement musical) et l'accentuation du resserrement du march sur les chanteuses et les compilations. Proccupant, mais pas dsespr.

"La priode est mauvaise, mais pas seulement pour le jazz, donc a pousse  se bouger,explique Pascal Bussy, de Warner Music. Et dans notre secteur, bouger, avoir des ides, tre pouss par la passion, c'est quasi historique." Daniel Richard, d'Universal Music, renchrit  : "Quelque part, je prfre cela  l'opulence. Les annes 1990 nous avaient amens  une perception un peu artificielle", dans le sillage de l'essor du CD - on se trouvait alors en plein dans le renouvellement du parc de matriel d'coute et des disques.

Certes, les majors n'ont jamais considr que le jazz soit susceptible de gnrer d'importants profits, mais toutes les compagnies considraient qu'en termes d'image, de vitrine culturelle, il tait ncessaire que ce genre figure en bonne place dans leurs catalogues des annes 1950  la fin des annes 1970  : plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires  chaque nouvel album d'Herbie Hancock ou de Keith Jarrett. Wynton Marsalis, lui, est clairement l'enfant chri des annes CD.

Les petits nouveaux en profitent pour couler sur chacun des grands territoires (Etats-Unis, Japon, France, Allemagne, Angleterre) plusieurs milliers d'exemplaires de leurs essais. Si l'on ajoute le million de CD vendus dans le monde de When I Look Into Your Eyes,de Diana Krall, en 1999-2000, et les 16  millions d'exemplaires vendus dans le monde du premier album de Norah Jones, Come Away With Me, les ttes ont pu facilement tourner.

"Norah Jones reprsente 20  % des ventes de jazz 2003. C'est videmment exceptionnel. Penser que cela pourrait tre la norme serait irraliste", prcise Nicolas Pflug, de Blue Note, la division jazz du gant EMI. Il est d'autant plus  l'aise que Norah Jones est une artiste Blue Note. "En mme temps, insiste M.  Richard, elle contribue  ce que le mot "jazz" reste  la mode,  donner de ce genre une image sduisante, jeune, sans tricher sur l'artistique." Certes, mais une telle prsence occupe du linaire en magasin, comme d'ailleurs la grosse part de rdition du secteur.

TAUX DE ROTATION

"De fait, constate Daniel Baumgarten, de BMG,  un moment nous devenons nos propres concurrents. Donc pour les nouveauts, il faut avoir  chaque fois une ide extrmement originale avec une promotion digne de ce nom, dans un raisonnement proche de celui de la varit." Mme dans ce cas, le succs doit arriver vite. Le taux de rotation en jazz est dornavant, dans les grandes enseignes, de moins d'un mois. Comme pour la varit.

C'est peut-tre le grand changement. Penser au profit, ne pas en avoir honte. Yves Beauvais, charg du jazz pour Columbia aux Etats-Unis (la filiale de Sony Music n'a plus de responsable jazz en France), le rsume simplement  : "Sortir un disque qui rembourse simplement ses frais est devenu impensable. Il doit rapporter un minimum. Pour une major, cela veut dire,  l'chelle des Etats-Unis, dpasser 10  000 exemplaires  ; en France, probablement la moiti."

Sylvain Siclier
 ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 24.01.04

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 Ventes de disques : chute de 11,1 % en 2003
Par Florent LATRIVE

mercredi 21 janvier 2004

A quelques jours de l'ouverture du Midem  Cannes, le raout annuel de l'industrie musicale, les premiers chiffres tombent : les ventes de disques en France ont dgringol de 11,1 % en volume et de 9,5 % en valeur en 2003, selon l'Union des producteurs phonographiques indpendants. Les singles sont beaucoup plus touchs (-25,9 % en volume) que les albums (-5,5 %).


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 Crise du disque/Editorial
Cauchemar
Par Grard DUPUY

24 janvier 2004

Une socit australienne s'apprte  commercialiser pour moins de 1 500 dollars un disque dur externe capable d'enregistrer l'quivalent de deux ans de musique au format MP3. Aucun doute que quelqu'un ne fasse assez vite plus gros pour moins cher. La conclusion en est toute bte : le commerce des rondelles musicales ne survivra pas longtemps au XXe sicle qui les a vues natre et o elles ont t, de loin, l'objet technique fabriqu en le plus grand nombre d'exemplaires. Les VIP de la musique runis  Cannes savent qu'il ne leur reste que peu de temps pour se rinventer... ou pour disparatre.

Pour l'instant, le cauchemar du Midem s'appelle piratage, mme si le partage de fichiers ne justifie qu'imparfaitement ce terme. Un pirate est une personne pittoresque mais vnale, et le problme des producteurs de disques, c'est justement la culture de la gratuit qui s'est dveloppe  propos de la consommation musicale par Internet. Bien sr, les industriels s'abritent derrire le droit des artistes  la rmunration de leurs prestations pour justifier leur actions antipirates. Mais ils dfendent surtout un modle conomique dsormais rang aux exigences ordinaires du retour sur investissement et de la rotation rapide des stocks, et la place qu'ils y tiennent  la premire.

Or, celle-ci est insparable du commerce des supports musicaux concrets dont la survie  moyen terme n'est pas assure. C'est  leur matrise de la lourde logistique matrielle que les diteurs multinationaux doivent leur pouvoir. L'informatique gnralise rebat les cartes de ce jeu d'une manire trop radicale pour que le tlchargement payant soit autre chose qu'un petit bout du paysage musical futur. C'est l'ide mme d'diteur musical qui est mise  la question.

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Crise du disque
Du phonographe au DVD

samedi 24 janvier 2004

1877
L'Amricain Thomas Edison invente le phonographe, enregistrement de rouleau de cire, paralllement au projet palophone du pote franais Charles Cros. Le 78 tours devient le standard.

1950
Eddie Barclay importe des Etats-Unis les matrices du microsillon : 45 tours et 33 tours (trente minutes de musique). En 1951, 2.000 tourne-disques sont vendus en France.

1960
Le 14 mars, premier 45 tours de Johnny Hallyday chez Vogue. Les enfants du baby-boom dcouvrent, sur leurs tourne-disques Teppaz, le rock yy. Industrialisation du disque.

1985
Apparition du CD (jusqu' soixante-dix-huit minutes de musique).

1998
En dcembre, Philips revend Polygram  Seagram et commercialise le graveur de CD. Rachet en juin 2000 par Vivendi (Gnrale des eaux), Polygram se rebaptise Universal. Le groupe franais VU s'impose comme le deuxime groupe mondial de communication derrire Time Warner AOL.

2003
Le nouveau format SACD reste confidentiel. Les ventes de DVD musicaux ont progress de 55 % et reprsentent 5 % des ventes totales de musique. Commercialisation du graveur de DVD. Quatre majors se partagent 75 % du march mondial : Universal, Warner Music, BMG et EMI/Virgin.


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 Crise du disque
La galette mouline par l'Internet
Le Midem s'ouvre  Cannes sur fond de panique dans les maisons de disque, qui accusent le piratage. Mais la rcession est plus profonde.

Par Alexis BERNIER et Bruno MASI

samedi 24 janvier 2004


On peroit que nos mthodes sont obsoltes et trop dpensires, mais on ne sait pas par quoi les remplacer. Thierry Hidoux, DG adjoint de Nave 	  	

Ce samedi soir, on rejoue le drame du Titanic: sur le pont TF1, Jennifer, Nolwenn et Madonna sablent le champagne pour les NRJ Music Awards, qui ouvrent le Midem, en fanfare et paillettes. Dans les soutes, la plonge est vertigineuse : en 2003, les ventes de disques en France accusent un recul de 15 %. A Cannes, le raout annuel de l'industrie du disque s'ouvre dans une ambiance sinistre. Ces rsultats dsastreux viennent brutalement mettre un terme  l'optimisme des maisons de disques franaises, pargnes ces dernires annes par une crise qui touchait dj les Etats-Unis et le reste de l'Europe. Pire : une tude interne de la Fnac mene  l'automne pronostique une dgringolade de 30 % des ventes d'ici  trois ans : Plus que la baisse, notre inquitude vient du fait qu'on ne sait pas aujourd'hui  quel niveau le march va se stabiliser, explique Nicolas Nardone, directeur gnral du label Small.

Fronde. A qui la faute ? Les majors ont trouv leur bouc missaire et lanc la fronde contre les sites de tlchargement gratuit peer-to-peer. Elles ont beau jeu de faire remarquer que le dbut de la baisse, en novembre 2002, correspond  l'explosion du taux d'quipement des mnages en Internet haut dbit. Tout le monde s'accorde  dire que l'on n'a jamais autant cout de musique qu'aujourd'hui. Mais ces nouveaux modes de consommation semblent chapper  l'industrie du disque : On ressent une inquitude d'autant plus forte, explique Thierry Hidoux, ancien responsable Fnac, aujourd'hui directeur gnral adjoint du label Nave, que personne n'a de solution. On n'est pas certains que l'arrive d'un nouveau support doperait les ventes, comme l'a fait le CD. On a du mal  voir le bout du tunnel,  imaginer de quoi demain sera fait. Les maisons de disques ont espr jusqu'au dernier moment un ultime sursaut du march. Il a eu lieu, mais trs tard . La plus grosse vente de 2003 aurait fini au quatrime rang en 2002: A Nol, on a ralis que le disque n'est plus du tout un produit d'appel, poursuit Thierry Hidoux. C'est un cadeau de complment qu'on fait au dernier moment, quand on manque d'ides.

Pressions. En clair, la panique est d'autant plus forte que la tempte traverse semble bien plus grave qu'une simple crise conjoncturelle : Nos jeunes clients ont pris l'habitude de tlcharger la musique, rappelle Rodolphe Buet, responsable disques  Fnac France. Ils ont l'impression qu'elle est gratuite. Une nouvelle donne vient s'ajouter  une mutation amorce ces dernires annes : Internet, c'est la cerise sur le gteau, rsume un analyste. Le march tait dj trangl par les financiers, qui veulent des retours sur investissement immdiats, par la pression de la grande distribution, de la tlvision et des radios, qui exigent leur part du gteau, et par le marketing, qui pompe 20 % des marges. Du coup, dans les botes, c'est la panique et la course aux conomies. Les patrons sont inquiets : ils ont compris qu'ils n'taient finalement que des salaris de luxe jectables  tout moment. Alors, ils rpercutent la pression sur la base.

L'affolement a dj gagn les rangs des majors. Chacun sait qu'il peut perdre son job d'un jour  l'autre, dit-on volontiers. Pour voquer nos angoisses, il faudrait encore qu'il reste des gens  qui parler dans les couloirs. Ces derniers mois, il y a eu tellement de suppressions de postes qu'on commence  se sentir seul, rsume un employ. Ce n'est pas panique  bord, c'est tabou  bord, prolonge un responsable marketing. Personne n'ose vraiment en parler et chacun s'emploie  montrer qu'il travaille bien. S'il y a des solutions, elles ne dpendent pas de nous. Ce sont les actionnaires qui dcident et on ne les connat pas.

Cure d'austrit. Autrefois luxueuse vitrine de l'industrie du divertissement, le disque dcouvre la dure loi de l'austrit. Les majors ont rationalis leur mode de fonctionnement: frais rduits, budget marketing rogn, contrats d'artistes rendus, et plus la moindre fte... Et qui sait si les dmnagements qui sont de l'air (Virgin quitte la place des Vosges pour la porte de Clignancourt, et Universal envisagerait la Plaine-Saint-Denis) ne seront pas l'occasion d'une nouvelle vague de licenciements? Si on tait en priode faste, ce serait le Prou. La machine est merveilleusement huile : il n'y a plus personne qui ne sert  rien... Sauf peut-tre dans les trs hautes hirarchies !, assne un responsable de maison de disques.

En toute logique, ces conomies ont une incidence sur la direction artistique. Seul le court terme compte, le "coup" effectu sans tat d'me, admet-on sous couvert d'anonymat. A l'inverse, le dveloppement n'est plus du tout  l'ordre du jour. Unique impratif : faire du chiffre le plus rapidement possible. On sort trop de disques et beaucoup ne sont pas de qualit, explique Patricia Bonneteau, directrice artistique du label Yelen Music (Sony). Aujourd'hui, on exige d'un album qu'il rapporte de l'argent en trois mois. Mais c'est impossible, a ne marche pas comme a. Les radios reoivent 200 singles par semaine, soit 10 000 par an. C'est colossal.

Le march change, les manires de travailler aussi, forcment : On peroit que nos mthodes sont obsoltes et trop dpensires, mais on ne sait pas encore par quoi les remplacer, complte Thierry Hidoux. Dans les mois  venir, d'innombrables tentatives devraient voit le jour. Cette crise a au moins l'avantage de relancer l'initiative, la rflexion et, grande premire dans l'industrie du disque, fortement concurrentielle, la communication. On commence enfin  se parler, demain, peut-tre, rflchirons-nous  des stratgies communes.

Spectacles. Pour redresser la barre, certains pensent se tourner vers d'autres pans du secteur, notamment les concerts. Car les salles, elles, demeurent bien remplies. Beaucoup estiment que les ventes de disques ne seront bientt qu'un revenu annexe pour l'industrie, au regard des spectacles, des droits d'dition des bandes originales de films et de publicits. Dans l'mergence des nouveaux concurrents, il y a aussi de nouvelles sources de revenus, explique Nicolas Nardone, de Small. C'est le cas notamment du march des sonneries de tlphone qui, aujourd'hui, explose en Angleterre. Au point d'tre devenu aussi important que celui des singles. En France, on est en retard, d'autant que nous avons laiss le march  d'autres acteurs. Une volution vitale pour les majors, au risque de voir revenir une forme artisanale de production de la musique o chacun devra consentir  rduire ses profits. Mais a, c'est une autre rvolution.

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Six pistes  mettre en musique
Artistes et producteurs font tourner leurs neurones pour faire face  la mutation de l'industrie du disque et  la chute des ventes. Bote  outils.
Par Florent LATRIVE

samedi 24 janvier 2004


Musique anne 0 ? Avec le numrique et l'Internet, l'industrie du disque vit une mutation plus qu'une crise passagre, quelque chose de comparable  l'apparition de la musique enregistre, qui terrorisait les diteurs de partitions au dbut du sicle, selon Stanislas Hintzy, le patron franais du distributeur en ligne OD2. Sur fond de drapage des ventes de disques, le Midem sera le thtre d'une nouvelle borde de la part des majors du disque contre les pirates et le peer-to-peer (P2P), ces systmes comme Kazaa ou eDonkey o des millions de personnes (8 millions en France, selon le Credoc) changent des fichiers musicaux via l'Internet sans verser un centime aux titulaires de droits. Il est vident que le business des maisons de disques doit s'adapter  ce phnomne, et il va s'adapter, assure Laurent Rossi, le patron du label Beggars Group France, o margent les Pixies et White Stripes. Mais comment ? Revue de six pistes qui vont dominer les dbats cette anne.

1Poursuivre les pirates en justice, sur le modle amricain

C'est la recette Sarkozy applique  la musique : depuis plusieurs mois, les majors du disque sont engages dans une croisade pour dissuader les adeptes du tlchargement gratuit. Dispositifs anticopie sur certaines galettes, lobbying auprs des gouvernements pour muscler les lois, et, surtout, procs lancs aux Etats-Unis depuis septembre contre plusieurs centaines d'utilisateurs des services de P2P.

En France, les producteurs s'apprtent  suivre l'exemple, encourags par ce qu'ils voient comme un succs. Selon l'institut d'tudes Pew, le nombre d'Amricains tlchargeant de la musique gratuitement serait pass de 35  18 millions aprs la vague de procs. Mais la stratgie du tapis de bombes, selon les mots d'un producteur, suscite des rserves au sein mme de l'industrie. Ecraser  coups de marteau des filles de 12 ans avec des procs est clairement une mauvaise opration de relation publique, estime Greg Eden, du label anglais Warp Records, rappelant que la premire victime de cette chasse aux pirates tait une adolescente.

2Vendre en ligne des fichiers protgs

Le patron du constructeur informatique Apple, Steve Jobs, serait-il le messie de l'industrie du disque ? Notre monde a chang le 28 avril 2003, date du lancement par la firme de Cupertino de iTunes Music Store, s'est emball cette semaine Ted Cohen, responsable de la distribution numrique de la major EMI. Avec son service lgal rserv pour l'heure aux Amricains et proposant plus de 400 000 titres  tlcharger via l'Internet, vendus 0,99 dollar pice, Apple a dmontr qu'une offre payante pouvait sduire : 30 millions de morceaux auraient t vendus en huit mois, selon le fabricant informatique. Des fichiers protgs contre la copie, bien sr : seul l'acheteur peut les couter. Une brochette de concurrents est d'ores et dj sur les rangs.

Aux Etats-Unis, les ventes de fichiers musicaux rapportent plus que les ventes de singles. En France, les services quivalents (OD2, E-Compil ou Virgin Mega) rament encore, victimes notamment d'une offre incomplte, mais tout changera en 2004, promettent les maisons de disques et les distributeurs.

3Vendre des fichiers non protgs, et faire confiance au public

Warp Records (Aphex Twin) propose sur son site Bleep de tlcharger des albums en payant, mais au format musical MP3, le plus universel, celui-l mme utilis sur les rseaux P2P, copiable en toute libert et jouable sur tous les baladeurs numriques du march. Warp critique notamment les fichiers protgs contre la copie utiliss par Apple pour son Music Store : pour couter ses chansons loin de son ordinateur, il oblige  possder un iPod, le baladeur numrique d'Apple et aucun autre, comme si les disques vendus par la Fnac ne pouvaient s'couter que sur une chane Aiwa.

De faon symtrique, les fichiers vendus sur le site franais E-Compil ne peuvent tre transfrs sur l'iPod. Ce sont les gens qui veulent acheter et couter de la musique qui en souffrent, et pas les pirates, qui iront se servir ailleurs, critique Greg Eden, de Warp. Le label se flicite de son opration : en six jours, 35 000 morceaux ont t vendus sans aucune promotion.

4Prlever une taxe sur les abonnements  l'Internet

Et si on transformait les millions de pirates adeptes de l'change gratuit en ligne en consommateurs honntes d'un coup de baguette magique ? C'est la solution prconise par l'Adami, la socit de gestion des droits des artistes-interprtes, qui propose de lgaliser l'usage du P2P en change d'une taxe de 1 ou 2 euros prleve sur l'abonnement aux fournisseurs d'accs  l'Internet.

Un modle de licence lgale dj en vigueur pour les radios : celles-ci peuvent diffuser les disques qu'elles dsirent et reversent une fraction de leur chiffre d'affaires aux ayants droit. II faut trouver les solutions pour rmunrer les ayants droit plutt que de diaboliser le peer-to-peer, estime l'Adami. Mme avis du producteur Laurent Rossi, lui-mme grand utilisateur de Kazaa et autres services de P2P: a vaut le coup d'essayer. Avec le P2P, tu as des emmerdements : qualit pas toujours bonne, parfois des virus. Si tu trouves une offre payante de qualit  prix raisonnable, les deux peuvent cohabiter. Une piste refuse par la majorit des producteurs, qui craignent de perdre le contrle sur la diffusion.

5 Taxer la diffusion par les particuliers

L'Internet menace l'industrie du disque car tout un chacun, pour le mme prix, peut  la fois tlcharger et mettre des contenus, au contraire de la tlvision,  sens unique. Il suffirait donc d'imposer une tarification dissuasive pour le trafic montant (upload) susceptible de contenir des fichiers sous copyright pour tarir la diffusion illgale de musique et favoriser les offres payantes et le tlchargement descendant, respectueux des droits de proprit, suggre ainsi l'conomiste de l'Ecole des mines de Paris Olivier Bomsel, dans une tude publie ce mois-ci. Il voit l une piste plus efficace que les procs contre les consommateurs, qui opposent les artistes  leur public.

L'ide a sduit l'Union des producteurs indpendants (UPFI), qui trouve cette solution quilibre, entre la chasse aux internautes et la licence lgale, selon son directeur Jrme Roger.

6Proposer des CD avec bonus

Puisque les gens boudent les CD, certains labels s'attachent  revaloriser l'objet disque en l'accompagnant de bonus divers, sur le mode du DVD, pour rendre la galette plus sexy qu'un fichier numrique tout nu : pochettes travailles, bandes dessines ou livrets accompagnant le CD, clips vido lisibles sur un ordinateur... Proposer une qualit sonore suprieure aux fichiers disponibles sur l'Internet peut aussi sduire les mlomanes : Universal et Sony parient ainsi sur le format SACD, un disque au son meilleur que le CD. Le boom des ventes de DVD musicaux en 2003  55 % de hausse  s'appuie sur la mme recette.

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 Un album  800 euros
Par Alexis BERNIER et Bruno MASI

samedi 24 janvier 2004

Auteur-compositeur, ancien membre du groupe Oui Oui, Etienne Charry invente une nouvelle faon de vendre la musique : Je vous propose de faire l'acquisition d'un ou plusieurs morceaux de musique d'une collection que j'ai compose et que je nomme Trous d'eau, crit-il dans un texte rdig en bonne et due forme. Dans l'ventualit o vous souhaitez acqurir une oeuvre, vous recevez, en change d'une certaine somme, un coffret contenant un enregistrement sur CD, quelques documents se rapportant  votre morceau, un certificat et un contrat.

Etienne Charry espre vendre sa musique comme une oeuvre d'art. En somme, il tablit avec l'acheteur un contrat de cession des droits o toutes les conditions (reproduction, revente, utilisation pour un film...) sont exactement dcrites. Au mme titre que l'on achterait un Picasso, un Monet, ou une crote, on peut dsormais s'offrir un Charry, pour 800 euros le titre : L'industrie du disque, pour gnrer un profit maximum, doit vendre ses produits au plus grand nombre, explique-t-il. Cette faon de faire impose une musique formate qui ne laisse aucune place au reste de la production actuelle sur les radios comme dans les magasins. En revanche, la perspective de crer des musiques comme des pices uniques s'avre trs exaltante. Mme si ce nouveau modle a peu de chance de rvolutionner l'industrie du disque, il a le mrite d'innover. Pour parfaire la vente, des soires seront bientt organises en France et  l'tranger.

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L'industrie franaise du disque s'arc-boute sur des modles de production et de diffusion rendus obsoltes par les nouvelles technologies.
Une musique qui sonne faux

Par Nidam ABDI, journaliste  Libration.

vendredi 07 mai 2004

Entre 1997 et 2002, quelques professionnels de l'dition musicale, des nouvelles technologies et des mdias avaient prvu l'inluctable. L'industrie du disque n'avait pas le choix : il lui fallait accepter une profonde mutation de ses mtiers pour s'adapter  la production numrique et  la distribution immatrielle de la musique. Question de survie. Et surtout, pour tre novateur, ouvrir le milieu musical aux autres acteurs conomiques que sont les oprateurs de tlcoms, les fabricants de produits lectroniques et informatiques. Les Cassandre ont t accabls de sarcasmes et d'anathmes par ceux qui, en France, avaient et ont encore la responsabilit de la destine du secteur.

Aujourd'hui, le constat est l. Avec une chute de 21 % des ventes au premier trimestre 2004, le march du disque franais est au bord du naufrage. Pourtant, il y a deux ans,  l't 2002, la dlgation franaise au Salon international de la musique de Cologne vantait  qui voulait l'entendre la bonne sant du march franais (+ 4,4 %), face  l'Allemagne et aux Etats-Unis. Au moment o les cocoricos se faisaient entendre dans le milieu musical, les oprateurs de tlcoms prparaient la rentre 2002 avec le lancement  grande chelle de services de haut dbit.

Pour se dfendre, les reprsentants de l'dition musicale franaise accusent maintenant le haut dbit de tous leurs malheurs. Et, pour toute rponse, ne voient leur salut que dans l'application de la stratgie de leurs collgues amricains, le tout-scuritaire.

On ne peut qu'tre sceptique face au lancement, ces jours-ci, par le Syndicat national de l'dition phonographique (Snep), avec le soutien de l'Union des producteurs franais indpendants (UPFI), d'une nime campagne d'information pour dcourager le tlchargement illicite de morceaux musicaux. Les consommateurs de musique sur l'Internet ont, face  eux, depuis huit ans, une industrie qui manque cruellement de vision  long terme. La remise en cause de la politique mene par ces deux syndicats depuis l'apparition du tlchargement de la musique n'est-elle pas une urgence afin de sauver l'avenir de la cration musicale ?

Le Snep et l'UPFI refusent de voir que la rvolution technologique qui secoue leur mtier n'est pas au niveau de la cration des oeuvres, mais bien  celui de leur production et de leur distribution. En clair, c'est la dfinition de la maison de disques qui est remise en cause par les nouveaux modles de production et d'offre musicale. Il y a trente ans, un artiste-interprte devait ncessairement recourir  un producteur pour entrer dans un studio et enregistrer une bande destine  la fabrication de disques. Aujourd'hui, la dmocratisation des outils informatiques et des nouvelles technologies lui permet de confectionner  domicile son propre enregistrement avant d'aller le proposer sur le Net. Cette perspective de la disparition de leur mtier effraye les producteurs de disques, alors mme que celui d'diteur des oeuvres connat une embellie, grce  la profusion future des modles de diffusion et le dynamisme du spectacle vivant.

L'histoire de l'industrie musicale mrite d'tre mdite. S'il y a un sicle, la vogue de l'enregistrement sonore avait favoris le producteur industriel au dtriment de l'diteur artisan des oeuvres, aujourd'hui, les nouvelles technologies redonnent son pouvoir et sa noblesse  ce dernier mtier.

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http://permanent.nouvelobs.com/multimedia/20040729.OBS3635.html

ETUDE  	

La musique numrique ne va pas remplacer le CD

NOUVELOBS.COM | 29.07.04

Si les ventes de chansons en ligne et de baladeurs numriques vont progresser rgulirement d'ici 2009, le support CD n'est pas prs d'tre dtrn, selon une tude du cabinet amricain Jupiter Research.

Si les ventes de chansons en ligne et de baladeurs numriques vont progresser rgulirement d'ici 2009, le support CD n'est pas prs d'tre dtrn, selon une tude du cabinet amricain Jupiter Research obtenue mercredi 28 juillet.
Le paradoxe, en plein boom des services payants de musique numrique, est que le disque compact lui aussi ne s'est jamais aussi bien vendu en ligne, relve Jupiter, dans cette tude sur l'avenir du march de la musique aux Etats-Unis.
Les ventes de CD en ligne vont y atteindre 847 millions de dollars en 2004, soit une hausse d'environ 15% sur un an, estime l'tude. "Elles vont aider  propulser les ventes de supports physiques vers leur premire croissance positive en quatre ans", ajoute-t-elle.
Aux Etats-Unis, le march du CD tait valu  11,9 milliards de dollars en 2003. Et malgr son dclin rgulier depuis 2000, il est rest norme par rapport aux 100 millions de dollars de chiffre d'affaires dgags par la musique numrique.

Les baladeurs MP3 en hausse

"La musique numrique, ni aucun des nouveaux supports physiques (DVD audio, mini-disc...), ne vont remplacer le CD dans un avenir prvisible", selon Jupiter Research.
L'industrie de la musique aux Etats-Unis doit simplement dvelopper la musique numrique "comme l'une des sources de revenus en augmentation", avec l'offre sous licence de sonneries pour tlphones portables ou de thmes musicaux pour les jeux et la publicit.
Les ventes de musique numrique devraient presque tripler en 2004,  270 millions de dollars, et continuer de progresser rgulirement jusqu' atteindre 1,7 milliard USD en 2009, poursuit l'tude. Cela reprsentera alors 12% du total des dpenses en musique aux Etats-Unis.
Concernant les baladeurs MP3, les ventes vont progresser de plus de 50% en 2004 et largement dpasser les cinq millions d'units, poursuit le cabinet d'tudes. Elles gagneront encore 50% tous les ans au cours des prochaines annes, croit-il savoir.

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http://permanent.nouvelobs.com/multimedia/20040727.OBS3506.html

PEER TO PEER

La charte anti-pirates a t adopte

NOUVELOBS.COM | 28.07.04

Fournisseurs d'accs  Internet, professionnels de la musique et gouvernement ont sign mercredi une charte d'engagement contre la piraterie. Les "pirates" pourraient se voir dconnects sur dcision du juge.

A l'issue d'une table ronde et de trois runions de ngociations entames  la mi-juillet, les fournisseurs d'accs  Internet, les professionnels de la musique et trois ministres ont sign mercredi 28 juillet  Paris une charte d'engagement pour le dveloppement de l'offre lgale de musique en ligne, le respect de la proprit intellectuelle et la lutte contre la piraterie numrique.
Cette charte prvoit notamment une offre lgale de musique en ligne "claire et comptitive" avec un nombre de titres disponibles passant de 300.000  600.000 d'ici la fin de l'anne.
Du ct des fournisseurs d'accs  Internet, l'accent est mis sur les campagnes de communication auprs des abonns concernant le caractre illicite des changes non autoriss de fichiers protgs par la proprit littraire et sur des messages d'avertissement aux "pirates"  la demande des ayants droit, avec le risque d'une suspension d'abonnement sur dcision du juge.

Rserves

La Socit de perception et de distribution des droits des artistes-interprtes de la musique et de la danse (SPEDIDAM), qui revendique 25.000 artistes-interprtes, a exprim ses "rserves" sur le contenu de cette charte. La SPEDIDAM a jug abusif d'assimiler l'change de fichiers musicaux dans le cadre du "peer to peer" (d'ordinateur  ordinateur, ndlr)  un acte de piratage.
Les producteurs phonographiques imputent au piratage sur internet la cause principale de la crise du march franais du disque, en baisse de 15% en 2003 par rapport  2002 et de 20 % au cours des trois premiers mois de l'anne 2004, par rapport  la mme priode de l'an dernier.

Mesure phare

L'une des mesures phares du projet de charte annonc par le ministre de l'Economie et des Finances, impose aux fournisseurs d'accs la dconnexion de leurs clients pris en flagrant dlit de tlchargement illgal et condamns pour piratage. Le "peer to peer" est plus spcifiquement vis par les termes du texte.
Cette technologie d'change direct de fichiers entre internautes sans recourir  un serveur est la bte noire des ayants droit de l'industrie culturelle, qui l'accusent d'tre responsable de la petite sant du march du disque.
Les dispositifs de lutte proposs par la Charte devraient pouvoir tre mis en uvre lgalement, du fait de l'adoption, jeudi 15 juillet, de la rforme de la loi Informatique et Liberts.
La Charte devrait permettre aux ayants droit de constituer des fichiers d'infraction. La solution technique qui permettra la constitution de ces fichiers n'a pas t encore choisie, le filtrage systmatique des changes de fichiers ne prsentant pas de garanties suffisantes quant  l'infraction dont se rendraient coupables les internautes. "D'autant plus que certains changes de fichiers, grce au systme de 'peer to peer', sont parfaitement lgaux et utiles" indique le ministre de l'Economie et des Finances dans un communiqu du 16 juillet.

Internautes pists

Les ayants droit introduisent depuis plusieurs annes, au sein des rseaux virtuels de "peer to peer" des logiciels mouchards qui relvent l'adresse IP (adresse des ordinateurs lorsqu'ils se connectent  Internet) et l'heure de connexion. Ces deux donnes permettent de retrouver l'identit de l'internaute,  condition que les fournisseurs d'accs la livrent. Jusqu' prsent, la constitution de tels fichiers tait illgale, puisque la loi Informatique et Liberts, dans sa version originelle de 1978, prcisait que la collecte de donnes personnelles devait tre soumise au consentement explicite des intresss. Cette disposition ayant t modifie, la collecte deviendrait lgale, et les ayants droit devraient pouvoir exiger la dconnexion des internautes fraudeurs sur la foi de ces fichiers constitus. Reste que dans l'attente de la promulgation dfinitive de la rforme de la loi Informatique et Liberts, qui a fait l'objet d'un recours devant le Conseil Constitutionnel de la part du PS, l'application du texte de la Charte contre la piraterie ne devrait pas tre lgalement possible.

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http://permanent.nouvelobs.com/multimedia/20040728.OBS3596.html


	
TROIS QUESTIONS A
PASCAL COHET 	

"La copie prive inclut l'change de fichiers"

NOUVELOBS.COM | 28.07.04

Pascal Cohet est le prsident de la Ligue ODEBI, qui fdre les associations d'internautes abonns au haut dbit

Comment accueillez-vous l'adoption de la charte Fournisseurs d'accs  Internet (FAI)/ Industrie phonographique qui a t conclue mercredi 28 juillet ?

- Premire chose, on constate une fois de plus que le gouvernement ne prend pas en compte l'avis des internautes. Les ngociations ont t menes avec les fournisseurs d'accs et certains reprsentants de l'industrie du disque, mais les internautes "d'en bas" n'ont pas t reprsents. Ca c'est pour le fond. D'une manire plus gnrale, depuis des mois et des mois, on nous parle de piratage lorsqu'on aborde la question du "peer to peer", mais il faut tout de mme rappeler que le tlchargement rentre dans la catgorie de la copie prive, et que l'on paye une redevance sur cette copie prive  chaque fois que l'on achte un CD. Alors, le problme est simple, soit on interdit la copie prive, et dans ce cas, la redevance devient du racket, soit on arrte d'embter les internautes.
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On parle de piratage, mais la redevance pour la copie prive est reverse aux maisons de disques, il y a donc bien de l'argent qui tombe dans leurs caisses, et cela est souvent pass sous silence. Il y a galement une deuxime problmatique, la question du filtrage des rseaux de "peer to peer". Sur ce point, notre position c'est pas de filtrage de ces rseaux, car cela reviendrait  empcher les internautes d'exercer leur droit  la copie prive. Cette pratique pourrait tre autorise par la rforme de la loi informatique et liberts. Mais sur cette question, nous attendons la dcision du Conseil constitutionnel sur la possibilit donne  des acteurs de rechercher et de recueillir des informations prives. Notre position est claire: en France, c'est le juge qui juge et la police qui enqute. On refuse que des oprations de police soient dlgues  des oprateurs privs, et notamment les majors, d'autant plus que ces structures ne brillent pas particulirement par leur transparence. Il serait scandaleux de filtrer un protocole qui sert  tlcharger bien d'autres contenus, des logiciels libres, des fichiers privs, etc.
Filtrer de manire brutale, sans distinction le rseau, est compltement inacceptable. C'est comme si l'on disait que l'on va interdire une langue sous prtexte que celle-ci pourrait permettre de tenir des propos condamnables.

Ne pensez-vous pas que la lutte des majors contre les abus du "peer to peer" est lgitime ? Quelles autres solutions que celles proposes par la charte seraient envisageables ?

- En ce qui concerne la politique des majors, leurs campagnes trs agressives  l'encontre des internautes sont une aberration. Aucune tude mene jusqu' prsent n'a permis de dmontrer que la baisse des ventes des industries du disque tait lie au tlchargement. Une seule tude a tent d'aller dans ce sens, celle mene par Olivier Bomcel, chercheur au laboratoire d'conomtrie de l'cole des mines. Elle cherchait  mettre en vidence que le dploiement des dbits tait  l'origine de la baisse des ventes, parce que ceux-ci facillitent le tlchargement. Il prconisait donc la cration d'une taxe sur les uploads afin de les limiter et de faire en sorte que l'conomie des majors ne s'effondre pas.
Une contre-tude a d'ailleurs rduit  nant la fragilit scientifique de cette tude. Lors de la confrence de Bomcel  l'Assemble nationale, je lui ai demand s'il tait convaincu qu'il y avait un lien de causalit direct entre les tlchargements et la baisse des ventes de disques, en lui demandant de rpondre par oui, non ou je ne sais pas. Olivier Bomcel a rpondu "je ne sais pas". Donc, la seule tude qui prsentait un lien causal n'est pas valide. La situation est  notre sens plus complexe, on ne sait pas trs bien quelles sont les causes de la petite forme du march du disque. Il faut prendre en compte aussi l'volution du pouvoir d'achat ou encore celle des habitudes de consommation. Il ne faut pas oublier que des films sont galement disponibles en tlchargement sur les rseaux de "peer to peer", alors que dans le mme temps, les ventes de DVD ont explos. il y a tout de mme bien un problme.
Ce que l'on dnonce chez les majors, c'est leur discours de victimisation permanent, quel en est le but ? C'est une immense esbroufe pour inciter le gouvernement  crer de nouvelles taxes ou redevances et ainsi, de nouvelles sources de revenus pour l'industrie du disque, faciles  gnrer. En ce qui concerne les solutions, nous ne sommes pas l pour proposer des modles conomiques aux majors, c'est  elles de s'adapter. La solution passe certainement par la musique en ligne proposant un catalogue bien achaland, et un prix attractif, c'est  dire 10 centimes le morceau. La dmatrialisation leur fait faire d'normes conomies qu'elles doivent rpercuter. Il ne faut pas non plus qu'il y ait de limitation sur les produits proposs, du point de vue des possibilits de copie ou de la dgradation de l'ouvre  long terme. Il faut aussi pouvoir favoriser l'interoprabilit de ces produits. Ils doivent pouvoir tre lus sur tout type de machines, l'internaute ne doit pas avoir  acheter de nouveau priphrique ou de systme d'exploitation pour pouvoir en profiter.
Un produit musical limit ne prsente aucun intrt, si l'internaute y est confront, il cherchera  s'en procurer une version non bride. Ce que l'on propose aussi au gouvernement, c'est de s'intresser  la question du prix des CD que beaucoup de consommateurs dnoncent, ainsi qu' la ventilation des revenus induits par la redevance copie prive.

Vous vous prononcez contre le volet "pdagogie anti-piratage" de la charte, notamment en ce qui concerne les interventions dans le milieu scolaire. En quoi cette mesure vous semble inapproprie ?

- Parmi les internautes concerns par la charte, il y a des parents d'lves. A ce titre, notre ligue peut lgitimement se prononcer contre cette mesure. Il est fondamentalement scandaleux qu'un lobby puisse obtenir de l'aide de la part du gouvernement franais pour aller dfendre ses intrts conomiques dans les classes. S'il doit y avoir une certaine pdagogie mene sur le droit d'auteur, cela ne peut tre  sens unique, les enseignants et les parents sont tout aussi concerns par ces actions. On a assist  des campagnes dlirantes diriges  l'encontre des internautes.
Il y a d'abord eu la campagne "contrefaon danger" du gouvernement, il y a 5 ou 6 mois, o taient amalgams le tlchargement et la contrefaon de mdicament. Qu'est ce que c'est que cet amalgame entre des mafias et le tlchargement priv sur Internet ? On ne peut accepter ce type de message. Il y a eu ensuite la campagne de l'industrie du disque qui prsentait un doigt d'honneur aux internautes. Quand on voit le type de message adress aux internautes, il vident que ce genre de personne n'a rien  faire dans un tablissement scolaire. C'est encore une immense esbroufe, car on ne dfinit pas le piratage. Il faudrait expliquer que lorsque l'on achte un CD, on paye une redevance, il y a une logique  respecter. Le gouvernement pourra aller faire de la prvention lorsqu'il aura supprim cette redevance sur la copie prive sinon, cela revient  envoyer des racketteurs faire de la prvention, et c'est tout simplement ridicule. Notre ligue appelle les enseignants et parents d'lve  tre trs vigilant face  cette politique.

Propos recueillis par Clment Moulet

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http://www.minefi.gouv.fr/presse/communiques/charte_musique_en_ligne.pdf

Le texte complet de la Charte

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